Le recueil des données françaises sest déroulé
entre le début du mois de décembre 1999 et la fin du mois de juillet 2000.
1. Initiatives
En France, la recherche dinitiatives sest avérée
difficile et, finalement, peu fructueuse.
Dans un premier temps, environ 200 organisations et associations ont
été contactées par téléphone pour connaître celles qui mènent des programmes ou
actions répondant aux critères de séléction des présents travaux1.
Les listes utilisées proviennent principalement des banques de données du CNIDFF (Centre
National dInformation et de Documentation des Femmes et des Familles) et du CLEIRPPA
(Centre de Liaison, dÉtude, dInformation et de Recherche sur les Problèmes
des Personnes Agées). Nous nous sommes volontairement abstenues de limiter ces listes au
seul secteur gérontologique, et avons ainsi interrogé une large gamme
dorganisations et dassociations : organisations féminines, organisations
féministes, représentations des femmes en général, représentations des femmes au sein
des différentes Églises, associations de femmes immigrées, dagricultrices,
dépouses de militaires et dautres professions, associations de veuves et
veuts, représentations des personnes âgées ou retraitées, divers services et
associations uvrant pour le retour à lemploi des femmes et des hommes, des
services pour les sans-abri ou encore plusieurs centres départementaux du CNIDFF.
Ce nest que dans de rares cas que la réponse fut positive, et
la plupart des entretiens téléphoniques nont donc pas abouti à lenvoi du
questionnaire destiné aux seules initiatives pour les femmes âgées de 50 ans ou plus.
Les caisses de retraite complémentaire étant tenues à constituer
un fonds social, il était permis de supposer que certaines dentre elles
entreprennent des actions spécifiques pour leurs ressortissantes âgées2.
Toutefois, cette hypothèse ne sest pas vérifiée : manifestement les caisses
de retraite complémentaire ne mènent pas dinitiatives en faveur des seules femmes
âgées.
Quant aux centres départementaux du CNIDFF, force est de constater
que, partout en France, ils saffairent efficacement pour aider les femmes à travers
leurs conseils individuels et leurs programmes destinés à (re)trouver un emploi ; mais
rares sont les demandes de femmes ayant atteint lâge de 50 ans.
Les associations locales de la FAVEC3 elles-mêmes
nentreprennent pas dactions réservées aux femmes.
Nous avons également recherché des groupes informels de femmes
dentraide, fréquents par exemple en Allemagne et Autriche et classées en self-help
groups ; là encore notre recherche est restée infructueuse.
On peut constater de façon générale pour la France quune
multitude dinitiatives existe aussi bien par et pour les femmes que par et pour les
personnes âgées, mais que peu dentre elles sadressent expressément aux
femmes âgées : lorsque linitiative concerne les femmes, elle ne retient pas
le critère âge, et lorsqueelle concerne les personnes âgées, linitiative
sadresse aux deux sexes.
Le succès bien limité trouve diverses explications.
Par principe, notre choix des initiatives a été limité à celles
qui sadressent expressément aux femmes ägées dau moins 50 ans. De plus,
conformément au planning des travaux, nous avons arrêté le recueil de données à la
fin du mois de juin 2000 et ne lavons pas repris à la rentrée.
Une deuxième explication du « désintérêt relatif »
à légard pour les Femmes âgées réside probablement dans le fait quune des
toutes premières causes des inégalités revient au système de retraite : toutes
les inégalités que connaissent les femmes au cours de leur vie active (inégalité des
salaires, travail à temps partiel fréquent, périodes chômées pour des raisons
familiales, de durée et de fréquences variables, accès difficile et exceptionnel aux
postes de décision, etc.) sont transposées dans la retraite et se reflètent dans les
pensions plus faibles que celles des hommes. Plusieurs de nos interlocuteurs des
entretiens téléphoniques précités, laissaient entendre une certaine résignation,
comme si toute lutte contre le système de retraite - très valorisé par ailleurs -
était perdue davance. Limage persistante de la fragilité de la personne
âgée (fragilité pour ainsi dire « par définition », sinon « donnée
par la nature ») sy mèle, semble générer de la résignation et entraver
toute éventuelle lutte.
Une autre explication semble résider dans la politique sociale de
la France : celle en faveur des personnes âgées, dont les début remontent aux
années 60, a été progressivement évincée par les conséquences sociales de la crise
du marché du travail. Cela se justifie par ceci : les conditions de vie materiélles
(revenus, conditions de logement par exemple) de la population âgée, femmes comprises,
ont connu une amélioration considérable - fait qui conduit dailleurs les médias
à répéter sporadiquement linformation (juste) que, globalement, le revenu moyen
des personnes âgées est aujourdhui supérieur à celui des foyers plus jeunes.
Pendant plusieurs décénnies, les personnes âgées comptaient - également au regard de
la politique sociale - parmi les plus défavorisés ; mais les améliorations
progressives de leur situation dune part, et le chômage très élevé dautre
part, ont transféré cette triste priorité sur dautres couches sociales.
Diverses autres raisons du « désintérêt relatif » à
légard de la femme âgée peuvent être évoquées : le retrait généralisé
des organisations féministes après leur lutte intense des années 70 ; les
stratégies généralisées des pouvoirs publics pour réduire les dépenses sociales qui
touchent plus particulièrement les petites associations, dépendantes dune
subvention dÉtat, contraintes à reduire leurs activité ou du moins dans
limpossibilité de les élargir (par exemple sur les femmes âgées) ; les
difficultés à recruter des bénévoles ; les pratiques égalitaires de laide
aux personnes âgées, ne favorisant ni lhomme ni la femme.
Par conséquent, la France napparaît dans le pool
dinformation quavec 15 initiatives.
2. Litteratur - Résultats de recherche
La recherche documentaire a été menée essentiellement dans la
bibliothèque du Cleirppa, à lépoque propriétaire de la documentation
sociogérontologique la plus complète en France. Nous avons également interrogé
plusieurs employés de ce centre sur leurs connaissances douvrages ou de travaux de
recherche éventuellement absents de cette bibliothèque. Enfin, la recherche documentaire
a porté sur certaines pulications de lINED4 et de la DREES et sur
certaines publications sur lInternet.
Les résultats les plus marquants de cette recherche documentaire
sont : Comparée à dautres domaines de la gérontolgie, la femme âgée occupe
une place mineure dans la littérature, la recherche et les études sociogérontologiques,
et ici, contrairement au Royaume-Uni notamment, publications et recherche féministes sont
absentes. Ce dernier point sest vérifié par notre recherche infructueuse
dinitiatives féministes5.
Les thèmes concernant les femmes âgées sont diversifiés :
sexualité et séduction, maintien de la forme physique, bien-être psychique, image
positive de soi, veuvage, droits de la femme et ses acquis en la matière, sortie du
marché du travail et départ à la retraite, conséquences sociales et sociologiques de
la croissance de lespérance de vie également à des âges supérieurs et sa
signification pour la vie pour les Femmes âgées, amélioration de la situation
matérielle, nouveaux comportements consécutifs à laugmentation du nombre des
vivant-seules, causes de surmortalité des personnes veuves, rareté des femmes dans les
instances politiques (occupées par les hommes), santé dont notamment la ménopause,
lostéoporose et les fractures osseuses, les troubles du someil)
, pour ne
nommer que les thèmes les plus fréquents.
Cinquante-trois analyses documentaires - articles, livres, thèses,
mémoires, rapports détudes et de recherche, actes, guides
- sont entrées
dans le pool dinformation pour la France (littérature et recherche dautres
pays franco-phones ont été systématiquement exclues).
La plupart des travaux de cette partie ont été arrêté à la fin
du mois de mai 2000 en raison de la fermeture temporaire du centre de documentation
précité.
3. programmes politiques
Les dix programmes et textes légaux retenus concernent en priorité
lamélioration de la situation financière.
Force est de constater que la législation française ne permet plus
guère ladoption ou le maintien de textes et de mesures favorisant - ou discriminant
- lun ou lautre sexe. Cest ainsi que par exemple la pension de
réversion, initialement créée pour les seules veuves, de droit, à due être élargie
aux veufs, mais de fait, la très large majorité des bénéfiiaires restent toujours
les femmes.
La recherche de programmes et mesures politiques sest
essentiellement faite dans la bibliothèque précitée, sur Internet (pages des
ministères concernés), dans la presse quotidienne (Le Monde) et dans la presse de
la législation sociale.
4. Resumée des travaux de recherche
Les recherches dans les trois domaines choisis - initiatives,
littérature et mesures politiques - ont mis en évidence que ni la problématique des
femmes âgées en général ni légalité entre femmes et hommes âgés en
particulier ne comptent parmi les sujets dactualité.
Ce sont plus particulièrement les conséquences sociales de la
crise du marché du travail qui les repoussent vers larrière plan des actuelles
préoccupations tant politiques quassociatives. Il est intéressant que politiques
et initiatives en direction des femmes concernent en priorité les plus jeunes, par
exemple pour améliorer leurs conditions de travail (rémunération identique pour un
travail identique, mêmes possibilités daccès aux postes supérieurs et à la
formation continue
). Quand bien même ces mesures et initiatives a priori ne visent
pas à contrebalancer les désavantages des femmes âgées - issus du système de
retraite et qui ne sont que le reflèt de ceux subis au cours de la carrière - , force
est de reconnaître que ces mesures, posées en amont, sattaquent aux causes mêmes
des inégalités et quelles auront pour conséquence à long terme la diminution de
celles-ci, voire éventuellement leurs disparition.
Mais dautres raisons sont à lorigine du faible
intérêt accordé aux femmes âgées, dont notament lamélioration généralisée
des conditions matérielles de vie de la population âgée qui ne peut plus être
considérée comme globalement défavorisée bien que certains groupes naient
toujours que de failes revenues, telles les femmes âgées ayant une carrière incomplète
ou nayant pas acquis de droits propres, tels les anciens salariés agricoles.
Nous retenons quune multitude dinitiatives existe en
France aussi bien par et pour les femmes que par et pour les personnes âgées, mais
quune faible partie dentre elles concernent expressément les femmes
âgées : lorsque les femmes sont le groupe-cible, linitiative ne considère
pas le critère dâge et lorsque les personnes âgées sont le groupe-cible,
linitiative sadresse et aux femmes et aux hommes.
Quant à la recherche appliquée et à la littérature du domaine
gérontologique, là encore la femme âgée na pas de priorité et, contrairement au
Royaume-Uni, la recherche féministe gérontologique, en France, est absente.
En conclusion
Pour accélérer le processus en faveur dune réélle égalite
des chances pour les femmes âgées, il paraît opportun que les associations féminines
et féministes dune part, et les associations des personnes âgées ou retraitées
dautre part, découvrent la femme âgé avec la spécificité de ses difficultés
qui, en majeure partie, découlent de sa situation financière.
Pour réduire les inégalités - flagrantes au niveau des pensions
retraite au détriment des femmes - on pourrait sinspirer dun dispositif de la
législation allemande (réforme de 1972 mais modifiée depuis) qui contrebalance
partiellement, a posteriori, la discrimination salariale ancienne des femmes
(rémunérations inférieures à celles des hommes) : les assurées justifiant de 25
années de cotisations sociales davant 1973, bénéficient dune majoration du
salaire de base pour le cacul de la retraite ; cette mesure rehausse
considérablement le montant de la pension.
Pour faire avancer leur situation particulière, les femmes âgées
elles-mêmes devraient se mobiliser davantage mais, comme dans dautres pays
européens, cest la constitution dun groupe de pression féminine - à
limage des groupes de lutte dantant contre la discrimination féminine - qui
fait manifestement le plus défaut aux Françaises âgées.