| Résumé : Les hommes meurent plus tôt que les femmes ; les mariés vivent plus
longtemps que les célibataires, et cela est bien plus vrai pour les hommes que pour les
femmes. Partant de ces faits démographiques établis, l'auteur pose la question : Qu'en
est-il en cas de veuvage ? Sa recherche apporte la preuve de l'effet "immédiat et un
peu plus brutal pour les veufs que pour les veuves". La probabilité de mourir dans
la première année du veuvage est forte, notamment pour les hommes : la mortalité des
veufs récents dépasse de plus de 80% celle des hommes mariés, la mortalité des veuves
récentes est moindre, mais quand même de 60% par rapport aux femmes mariées. Les causes
de ce phénomène ne sont pas exclusivement dues au veuvage, montrant combien le contexte
et complexe, car certaines causes sont inhérentes non pas à l'individu mais au couple.
Celui-ci est exposé "à des risques communs liés au mode de vie, aux ressources,
aux consommation et habitudes alimentaires, au tissu relationnel, etc.",
déterminants des risques de mortalité pour les deux époux ; le décès dans la
première année de veuvage peut donc être dû aux risques du couple, c'est-à-dire que
l'époux survivant serait décédé de toute façon à la même époque, peu importe qu'il
ait été encore marié ou déjà veuf. Il n'empêche, selon l'analyse de l'auteur, que
pour les deux sexes "le veuvage entraîne des risques spécifiques, consécutifs au
changement d'état (choc du veuvage, difficultés d'adaptation immédiate au nouvel état
et au nouvel environnement,...) ou, plus généralement, lié à la condition de veuf
(disparition de l'effet protecteur du mariage, isolement et appauvrissement du réseau
relationnel, complication des tâches de la vie quotidienne,...)". Quant aux
différences du vécu du veuvage chez l'homme et chez la femme, "le choc du veuvage
serait plus éprouvant pour les femmes perdant tardivement leur conjoint, tandis que le
deuil masculin serait plus difficile à surmonter lorsqu'il survient plus jeune, aux
alentours de l'âge de la retraite". Il semble par ailleurs que la surmortalité des
veufs et veuves s'estompe avec le temps : plus le décès du conjoint s'éloigne, plus le
risque de surmortalité baisse ; mais la complexité des phénomènes impliqués d'une
part, et le manque de statistiques nécessaires à une analyse très fines ne permettent
pas d'affirmer avec certitude que les femmes veuves soient plus que les hommes
"protégées" par rapport à la mort. |