| Résumé : La Conférence mondiale du Caire (1994 ; Population et développement) a
adopté un programme d'action dont le thème "égalité entre les sexes et promotion
des femmes" forme l'un des grands chapitres. Y est proclamé : "l'Autonomie des
femmes et l'amélioration de leur condition sur les plans tant politique, social,
économique et sanitaire constituent en soi une fin de la plus haute importance".
Jacques Véron, à l'occasion de cet événement, se livre à une analyse très large
sur les cinq causes majeures des inégalités dans le monde.
Degré d'instruction. L'analphabétisme - conséquence du degré et de la durée de
scolarisation - est invariablement bien plus fréquente chez les femmes et dépend du
développement général du pays (taux les plus élevés parmi les femmes entre 15 et 44
ans : près de 90% en 1990 au Niger et au Yemen).
Discriminations sur le marché du travail. L'importance des femmes en activité
économique est difficile à mesurer car, excercée fréquemment au domicile dans les pays
en dévelopement, elle équivaut au travail dans l'ombre, sans droits et souvent sans
rémunération. Les femmes en activité professionnelle sont généralement victimes d'au
moins 2 inégalités classiques : chômage plus fréquent et rémunération moindre que
les hommes. Cela n'est pas réservé au seuls pays en développement : même "les
pays développés, très égalitaires au regard de la scolarisation, le sont beaucoup
moins sur le terrain de l'emploi."
Asymétries du mariage. "Les différences d'âge au mariage entre hommes et femmes
comme entre femmes du Nord et du Sud sont symptomatiques de la grande variabilité du
statut des femmes dans le monde", et plus la différence est grande, plus le statut
est bas. Un autre indicateur déterminant la condition féminine est "l'âge moyen au
premier mariage des filles", conjointement avec le fait que le mariage est arrangé
ou librement choisi. "D'autres asymétries sont caractéristiques de la persistance
de l'inégalité entre les sexes, comme la polygamie."
Maternités. Le programme d'action précité rappelle "le droit fondamental de tous
les couples et des individus de décider librement et avec discernement du nombre de leurs
enfants et de l'espacement de leurs naissances. (...) Pour que ce droit puisse s'excercer,
les couples doivent avoir un large accès à la contraception, ce qui est encore loin
d'être partout le cas." D'autres indicateurs du statut de la femme sont l'intensité
de la fécondité juvénile et l'avortement.
De forts contrastes de mortalité. Outre l'espérance de vie plus élevée des femmes, les
inégalités se situent au niveau de la mortalité infantile et de la mortalité
maternelle. Jacques Véron constate pour conclure : "Statut des femmes, population et
développement sont très profondément liés. Il est par conséquent illusoire d'espérer
une amélioration profonde de la condition des femmes dans les pays du Sud sans
éradication de la pauvreté et sans progrès de l'éducation." |