| Résumé : Les résultats d'une enquête, réalisée en 1995 auprès de 58.000
retraités nouveaux du régime général, dont 48% de femmes, renseignent sur la situation
de celles-ci par rapport au marché du travail durant les 3 mois précédant leur départ
en retraite. Les résultats confirment d'abord que le scénario traditionnel, qui consiste
à passer directement de l'activité professionnelle à la retraite, ne concerne plus
qu'une minorité. Ainsi, seulement 29% des femmes (39% des hommes) exerçaient encore une
activité professionnelle juste avant leur passage en retraite, c'est-à-dire que 71% (61%
des hommes) l'avaient déjà définitivement cessée.
La cessation définitive couvre une multitude de situation : Le chômage, au 1er rang
parmi les hommes, concerne moins les femmes (respectivement 31% et 20%). Les données sont
inversées pour la catégorie "sans activité", en 1ère position parmi les
femmes, elle est d'importance bien moindre chez les hommes (39% et 16%) : généralement,
il s'agit des femmes qui ont travaillé quelques années avant la naissance de leurs
enfants, sans jamais reprendre un métier plus tard. Invalidité, maladie et accident de
travail, de faible importance et au 3è rang pour les deux sexe, sont moins fréquents
encore chez les femmes (respectivement 6% et 9%). L'enquête renseigne par ailleurs sur
l'âge de la cessation définitive de l'activité professionnelle. Si, depuis 1983, l'âge
légal de retraite est fixé à 60 ans en France, les deux tiers des femmes ont cessé
leur travail bien avant : 37% sans avoir 55 ans, (voire même sans avoir 51 ans pour 30%,
parmi lesquelles on retrouve notamment les femmes inactives précitées). 18% sont parties
à l'âge légal, 9% entre 61 et 64 ans, puis 7% au-delà.
L'intérêt de cette analyse réside plus particulièrement dans l'explication qu'elle
fournit sur l'une des causes des pensions de retraite plus faibles des femmes. Le montant
est fonction, entre autres, de la durée des activités professionnelles ou plus
précisement de la durée des cotisations : la pension à taux plein en exige 150
trimestres pour les salariés nés avant 1934, 151 trimestres pour ceux nés en 1934 et
152 trimestres pour ceux nés plus tard (réforme de l'assurance vieillesse de 1993). Or,
"tous âges confondus, elles ne sont que 4 sur 10 à justifier d'une durée
d'assurance suffisante pour obtenir une pension à taux plein, contre 7 sur 10 chez les
hommes". Ce disposif dans le système de retraite est à l'origine d'une fracture
dans le groupe des femmes : d'un côté, celles en activité professionnelle lors du
passage à la retraite (minoritaires avec 29% d'entre elles) dont 58% ont droit à la
pension à taux plein ; de l'autre, les dites "inactives" (largement
majoritaires avec 71%) dont seulement 32% obtiennent une pension à taux plein. Une telle
fracture n'existe pas parmi les hommes : ici, la pension à taux plein est le fait de
respectivement 80% et 68%. |